Lucien Lubrano

Suggérer par mail


le_choix_dun_ange.jpgNouveau : Le Choix d'un ange - Lucien Lubrano - éditeur : Mon Petit Editeur( Publibook ) - ISBN n° 978-2-7483-8983-8

Extrait N° 1-  Madame Camazzo habite une vieille maison au bord du boulevard. Du lierre recouvre entièrement la palissade de sa clôture ainsi que les deux piliers de pierre qui encadrent son portillon. La boîte aux lettres, encastrée en plein milieu du portail, tient par miracle. Elle oscille au gré du vent en équilibre sur une cornière boulonnée à ses deux extrémités. Sur le haut du pilier est vissée une clochette montée sur un ressort, Lucien la pousse violemment plusieurs fois. Personne ne répondant, il décide de partir quand il entend une porte qui grince au bout de l’allée, le moins que l’on puisse dire c’est que son frottement sur le sol ne peut pas la faire passer inaperçu. La dame n’est pas encore dehors mais déjà elle donne des signes de vie.
- J’arrive, j’arrive !
Elle traîne ses pieds sur deux ou trois mètres avant de s’immobiliser, dévisage l’arrivant en basculant sa tête tantôt à droite, tantôt à gauche. Son sourire s’est muté en bèbe dès qu’elle s’est aperçue que celui qui la dérangeait lui était aussi connu qu’un pingouin à Tombouctou.
- J’ai besoin de rien…
- Je ne vends rien, Madame Camazzo…
- J’ai pas le temps. Je suis fatiguée, je rentre…
Elle entame son demi-tour, quand Lucien prononce le mot fatidique, le terme miraculeux, le sésame ouvre-toi… . Il force sa voix pour que ses paroles ne s’envolent pas avec le mistral.
- Je suis un ami de votre fils, Denis.
Bien qu’elle doit être un peu dure d’oreille, le prénom de son fils passe mieux, il doit avoir une sonorité spéciale. Du coup elle n’est plus fatiguée du tout. Sa bèbe se retransforme en sourire. Son pas s’accélère jusqu’au portail.
- C’est pour ça que je ne vous avais pas remis… Je vous connais pas.
- Eh, pardi !
- Comment il va mon pitchoun ?
Ah, ce mot ! Pitchoun , l’espace de quelques secondes des tas de souvenirs reviennent à la mémoire de Lucien. Il revoit le beau visage de sa mère se penchant sur son lit pour l’endormir… bonne nuit pitchoun ! Et fais de beaux rêves…  . Mais il revient rapidement au présent, heureusement, parce que les larmes commençaient déjà à pointer.
- A part qu’il ne puisse pas sortir pour le moment, il va plutôt bien… il est en forme
- Il est en rogne… y’a de quoi.
- Non ! … Il est en forme.
Elle s’arrête à un mètre de Lucien et relève sa tête pour mieux le dévisager. Lucien se demande comment une si petite dame a pu engendrer une bestiasse de la taille de Denis… Impressionnant !
- Ah ! C’est bien lui ça, vé ! Même avé la colère il a toujours la forme mon pitchoun. Viens sur la terrasse, je vais te faire sortir un cawa.
Devant la surdité de la mère de Denis, Lucien préfère abandonner, il a des sujets plus importants à aborder.
- Comment tu t’appelles jeune homme ?
- Le jeune homme s’appelle Lucien, mais même le prénom n’est plus très jeune… Lucien Lubrano !
- Nubrano… C’est d’origine italienne ça?
- Oui, mais c’est Lubrano, avec un L  comme Louis.
- Ah! Louis ça par-contre c’est bien français comme prénom.
- Je m’appelle pas Louis, Madame Camazzo, je…
- J’ai bien compris ! interrompt Madame Camazzo en colère. Tu t’appelles Nubrano… Nubrano Louis, j’entends pas toujours très bien avec ce vent de fada… Mais quand même…
Lucien abandonne une fois de plus.
- C’est sympa chez vous.
- Un peu vieux, comme la propriétaire… Mais, boudiou, je partirai avant ma baraque, va.
- Ne dites pas ça, vous avez encore plein de belles années devant vous.
- Oh moi ! Pourvu qu’il m’en reste assez pour revoir mon Denis dehors, c’est tout ce que je demande à la bonne mère… Bon je vais te chercher le cawa.
Madame Camazzo revient au bout de quelques minutes, un plateau entre les deux mains. Sur le plateau, les deux belles tasses fumantes en porcelaine avec leurs sous tasses et le sucrier assorti, dégagent un parfum de café qui embaume toute la terrasse. Lucien ne sait pas ce qu’il doit lui demander. Est-elle au courant d’un indice important ou sait-elle quelque chose à propos de l’incarcération de son fils ? Il porte la tasse à ses lèvres en réfléchissant au moyen d’aborder le sujet en étant sûr de ne pas commettre d’impair.
- Vous y croyez, vous, à la culpabilité de votre fils ?
- Il ne ferait pas de mal à un moucheron…
- Une mouche…
- Qué mouche ?
- Non ! … C’est l’expression…
- L’expression de qui ?
- Heu, rien ! …Continuez, c’est rien .
- Comment tu veux que je continue? Avec ta mouche tu me rends chèvre, vé ! Je sais maï plus où j’en suis, tu m’as fait perdre la ficelle…
- Le f… , vous parliez de Denis.
- Ah vouis ! … Je sais qu’il fait des bêtises des fois mais c’est un brave pitchoun mon niston, tu peux me croire.
- Je vous crois.
- Et puis tu sais, il avait que deux ans quand son père nous a quittés, peuchère ! Et moi je faisais des ménages tout le temps à Coder, alors il restait tout seul, toute la journée et ça, c’est pas bon pour un minot de rester tout seul comme ça… Il se trouve pas que des bonnes compagnies.
- C’est sûr ! Et quand vous allez le voir, il vous dit quoi ?
- Boudie… toujours pareil ! Il me demande si j’ai pas mal à la tête. C’est pas bien bon pour lui la prison.
- C’est bon pour dégun.
- Je le connais pas Bégon…mais de toute façon c’est bon pour dégun. Mais en plus mon beau, Denis lui, il a l’obtention de la migraine.
- L’obsession… vous voulez dire l’obsession !
- Hou, qué teste d’aï ! Mais ça va pas toi aujourd’hui… Je dis bien, c’est l’obtention… L’obtention de la migraine c’est quelqu’un qui veut absolument qu’on ait mal à la tête, c’est comaco. C’est pas pareil que l’obsession de la migraine où là on a tellement mal à la tête que ça nous obsède… Je le sais, je l’ai lu dans le petit Larousse… Tu le lis toi des fois le petit Larousse ?
- Non j’ai le petit Robert…
- Qui c’est celui là encore ? y sont frères ? y sont petits de famille ?
- Non, c’est un concurrent.
- Un concurrent ? …Un dictionnaire concurrent… ça existe ? Ils les ont peut-être écrit ensemble et on le sait pas !… Et peut-être même qu’ils se sont tous les deux copiés et comme ils sont tous les deux petits …
- Enfin bref ! Mais peu importe… à part ça de quoi vous parliez ?
- Hé bé ! Chaque fois il me demande si par hasard il est passé des inconnus à la maison… Et tu sais quoi ?
- Non !
- Hé bé ! Chaque fois je lui dis qu’il n’y a eu personne… Et tu sais quoi ?
- Non !
- Hé bé ! Chaque fois il me le redemande… Et tu sais quoi ?
- Non !
- Ben rien, c’est tout ! Mais la prochaine fois je pourrais lui dire que tu es venu mais comme tu es le premier il n’y en aura plus.
- Pourquoi ça ?
- Tu sais ce qu’on dit… le premier sera le dernier… Donc après toi, terminarès !
- Ouais ! Ça peut se défendre comme déduction.
- Pardi ! Ça, je l’ai lu dans la bible… C’est encore plus grave.
- Je vais y aller, Madame Camazzo. Si vous avez du nouveau, vous pouvez m’appeler… Tenez, je vous écris mon numéro sur un papier.
- Qu’est-ce que tu veux qu’il y ait de nouveau ici, mon beau. A part le facteur qui passe quand il lui tombe un œil et le chat de la voisine qui vient resquiller des rataillons, il ne se passe jamais rien.
- On sait jamais… Quoiqu’il arrive et même si vous avez un problème appelez-moi, ou si je réponds pas laissez-moi un message sur le répondeur…
- Surtout pas !
- Pourquoi ça Madame Camazzo ?
- Boudiou… J’aime pas parler au gens qui me répondent pas…
- Mais ça peut pas répondre.
- Hé bé, tant pis pour lui! … Au cuou m’empêgue ! Moi je raccroche.
- C’est pas grave ! Je vous rappellerai moi.
Lucien se lève puis pose sa tasse sur la petite table ronde.
- Il était excellent votre café… Je vous fais la bise maintenant qu’on se connaît.
- Pardi ! … Et à bientôt Louis.
- Lu… à bientôt, souffle Lucien un peu découragé.


unelueurdanslesyeux.jpgUne Lueur dans les yeux de Lucien Lubrano>>>

Science fiction -

1er extrait - Contexte : Nicolas annonce la future catastrophe à Lucien

Là il détourne le regard, ses yeux sont dans le vide, son esprit
perdu dans ses pensées. Il ne bouge plus, il ne parle plus. Je le
connais bien le Nicolas, et là il est figé dans une angoisse morbide…
Mais qu’est-ce qui se passe encore ?
Nicolas : « De la colline du mont d’or on peut voir presque
toute la vallée, presque tout jusqu’à Cadarache, tout ce qui va
disparaître… Au-delà même de Manosque. Tout va être exterminé,
anéanti, la terre brûlée à plus d’un mètre de profondeur.
Il ne restera plus que de la matière carbonisée… De la matière
carbonisée à perte de vue. On ne retrouvera même pas les os de
ces pauvres malheureux pour leur offrir une sépulture. Le plus
terrible c’est qu’il n’y aura pas un cri, pas même un gémissement.
Tout s’évanouira dans un silence de mort en quelques
secondes comme si dieu avait honte de ce qu’ont fait les
hommes. »
Je m’approche de Nicolas et le tire violemment par l’épaule.
Lucien : « Qu’est-ce que tu racontes ? C’est pas possible, explique-
toi, bordel. »
Nicolas a ses yeux noyés de larmes… C’est sûr il ne plaisante
pas.
Nicolas : « Après votre guerre mondiale, des générations
ont été attristées par les images des conséquences de la bombe
atomique… Des hommes calcinés… Une petite fille qui errait
nuits. Là, il n’y avait pas de gris… Non, il n’y avait que du
noir… Du noir à perte de vue. Et ce silence… »
Nicolas s’arrête de parler, il ne peut plus. Il essuie ses yeux
avec ses mains. Je lui donne un mouchoir en papier. Il lui faut
plusieurs minutes pour se remettre. Je ne dis rien, je suis complètement
effondré. Nicolas se mouche puis reprend son récit.
Nicolas : « Des images ont été prises par avion parce qu’il
était impossible de marcher sur le sol tant la chaleur était intense.
Il ne restait plus rien à part quelque tas de matière par-ci
par-là qui étaient des immeubles qui avaient fondu et là, Lucien,
j’ai compris ce qu’était qu’un silence de mort. Nous avions aussi
les bandes-son de l’époque mais les commentaires étaient rares
tant la vue de cette désolation était insoutenable. Nous
n’entendions que de courtes phrases de temps en temps, du
genre, « De la terre brûlée sur des centaines de kilomètres, c’est
tout ce qu’il reste de cette Provence magnifique »… « Pourquoi
autant d’innocents sont morts, n’aurions-nous pas pu éviter ce
drame ? ». Même les avions ne pouvaient pas s’aventurer trop
longtemps au-dessus de ces terres tant la température et la
pollution étaient importantes. J’ai pu voir des images satellites
de la France après ce cataclysme, la Provence n’était plus qu’une
grosse tache noire comme si de l’encre était tombée sur le
papier. Cette tragédie s’est déroulée des siècles avant ma naissance
mais dans mes nuits j’entends toujours les rires des enfants,
le chant des oiseaux, le bruit de la vie avant la catastrophe
et d’un coup le silence… Le silence et le noir… Un noir profond
et angoissant qui me réveille en sursaut. Ça a été un tel
bouleversement que l’atmosphère terrestre s’est complètement
dégradée. »


2ème extrait - Contexte : Lucien essaie de faire déménager sa mère pour la mettre à l’abri

Pourquoi tu veux que je m’expatrie ? Je ne suis
pas bien ici ? J’ai toujours vécu ici avec ton père, ce n’est pas
aujourd’hui que je vais en changer. J’ai quelque fois l’impression
qu’il se promène dans la cuisine, dans la chambre, de partout.
Quand je fais de la tomate au pistou je l’entends dire comme s’il
était là « Oh bonne mère chérie ! Ton pistou il sent jusque dans
la salle à manger et je suis sûr que ça descend jusqu’à Aubagne.
Je te préviens si je vois remonter les Aubagnais jusqu’ici je
ferme la porte à clef ». Le soir dans le lit, je me mets bien à ma
place du côté de la fenêtre, vé, tu peux me croire, je l’entends
respirer tout à côté de moi, et ça m’aide à m’endormir. Parfois,
quand il n’y a personne bien sûr, sinon on me prendrait pour
une folle, je lui parle… « La vigne, tu penses la tailler
quand ? »… « Vé chérie ! Si je ne la taille pas aujourd’hui, eh bé
le raisin il poussera quand même, et le seigneur il n’a pas mis
des vignes en Provence pour qu’on s’escagasse mais pour qu’on
boive du bon vin. » « Tony, tu penseras à ramasser les olives ? »
« Oh bonne mère ! J’allais le faire mais, vé, quand j’ai vu qu’il y
en avait plein chez l’épicier, eh bé je me suis vite repris. » Non
Lucien, j’ai passé tant d’années près de lui que c’était la moitié
de ma vie, l’autre moitié c’est toi. Maintenant je vis au ralenti…
Ah ! S’il était là ce ne serait pas pareil, sas… Ça risque pas,
parce qu’il fallait bouger avec lui, tu sais ? Et puis, si c’était moi
qui étais partie la première il n’aurait jamais quitté la maison,
j’aurais survécu un moment comme une ombre près de lui, le
temps qu’il me rejoigne. Et tu viens me dire qu’il faut que je
parte, demande-moi plutôt de me jeter au canal, ce sera plus
facile. »
Après de tels arguments, j’avoue ne plus savoir quoi lui dire.
Son plus grand malheur serait de quitter cette maison où elle a
connu tant de bonheur. Toutes ses joies passées sont là, elle ne
veut pas les oublier. Ce serait pour elle comme une trahison de
laisser venir d’autres gens ici, alors que papa est là qui l’attend.


unelueurdanslesyeux.jpg unelueurdanslesyeux.jpg