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Turbulences champêtres, le nouveau roman de Michel Zordan - Éditions 3Z - Collection le net au pré - ISBN 978-2-9532863-9-7-250 pages
Cette histoire exhale un doux parfum du roman de terroir. Le milieu dans lequel l’histoire évolue, c’est la campagne, celle du Sud-ouest, une campagne ou flotte toujours un soupçon de calme et de sérénité, une campagne encore accrochée à ses clichés d’hier, une campagne ou l'on veut vivre comme avant, mais avec le modernisme et les contraintes d'aujourd'hui, une campagne du 3ème millénaire, avec la télé, Internet, et même le portable. Une campagne souvent incomprise, en proie aux doutes, en proie aussi à la spéculation. Puis il y a la ferme, celle du Bouscarot. Ensuite le bourg, celui de Saint-Jean, puis arrivent tous les acteurs. D’abord, les héros, les Beaumont, Martial c’est lui qui raconte l’histoire. Puis le père, et la maman. Ensuite tous les autres, les paysans, l’épicier, l’épicière, le boulanger, les bons, les méchants, les ni trop bons ni trop méchants, les traditions, les us et coutumes, l’étranger qui s’installe sans bruit, et ceux qui le tolère du bout des lèvres, l’étranger qui s’impose, et ceux qui le rabroue….Il y a même les gendarmes et... le curé.
Extrait - Le Sud-Ouest est l’une des régions de France les plus prisées
par les Anglais, ils s’y installent et cultivent la nostalgie des
vieilles pierres et celle d’une très lointaine époque. Cette situation
n’est guère du goût de tous les indigènes (ou autochtones, ou natifs,
c’est la même chose, mais en moins bizarre). Certains considèrent en
effet que ces populations ne font que reconquérir, par l’argent, les
territoires dont ils avaient été chassés par notre Jeanne d’Arc
emblématique. Ils les accusent de tous les maux, mais surtout de faire
indûment grimper les prix des biens qu’ils convoitent. Toutefois, il est
très rare que l’un de ces natifs (indigènes, ou encore autochtones)
lorsqu’il a lui-même une maison à vendre, refuse la proposition d’un «
envahisseur », qui, la plupart du temps, est bien supérieure à celle des
locaux. Mais il faut bien le reconnaître, il y a aussi les purs et
durs, qui ne sont pas disposés à céder le moindre pouce de terrain,
surtout s’ils n’ont rien à vendre. Pour les plus combatifs, il était
même grand temps de se mobiliser, afin de récupérer l’espace perdu.
Dans la petite commune de Saint-Jean-Automne, la situation était encore
plus alambiquée. En quelques mois, le bourg avait acquis une notoriété
certaine, et même, durant l’hiver, de nombreux touristes faisaient le
détour. Cette célébrité soudaine avait pour effet de faire gonfler le
nombre des personnes voulant y résider – surtout l’Anglais, toujours et
encore lui, considérés par certains indigènes et même par d’autres (oui,
oui) comme l’ennemi héréditaire.
Pour les habitants c’était selon. Pour ceux qui pensaient n’avoir rien à
gagner (sinon des em…), une grande part de responsabilités incombait au
père Deslandes et à son épicerie.
Un curé, c’est fait pour dire la messe, célébrer les mariages, les
baptêmes et enterrer les morts, pas pour faire du commerce à l’ancienne.
Pour d’autres, les plus éclairés (enfin tout dépend du camp dans lequel
on se place) ceux qui avaient un peu ou beaucoup à gagner, le curé était
le sauveur. C’était le précurseur, celui qui avait montré la voie. Une
lumière, peut-être divine, était apparue dans le ciel de notre
magnifique Sud-Ouest et notre curé avait su le premier trouver «
l’interrupteur ». Eh oui, notre curé avait comme tant d’autres de ses
confrères bien du mal à joindre les deux bouts avec seulement la quête
et le denier du culte. Alors, lorsque la mère Tancogne avait arrêté, à
près de 85 ans, son activité d’épicière-mercière-débitante de tabac, il
lui avait proposé de la reprendre. Tout le monde l’avait pris pour un
fou, certains affirmaient même que la soutane lui était montée à la tête
(on aura compris ce que certains voulaient dire par là). La vieille
dame ne voyait guère plus de deux clients par jour, et encore parce
qu’elle leur faisait crédit. C’est vrai que, par temps de neige, ils se
faisaient beaucoup plus nombreux. Malheureusement ou heureusement
(encore une fois tout dépend du côté où l’on se place) la neige
n’apparaissait à Saint-Jean qu’une à deux fois l’an et pour quelques
heures seulement. Et c’est là que notre curé, sûrement très bien inspiré
par le regard de notre Seigneur, avait eu une idée de génie. Celle de
transformer l’établissement « genre supérette poussiéreuse, la plupart
du temps dégarnie », en « véritable épicerie des années trente, où l’on
trouve de tout ». À l’image du general store de l’ouest américain, la
boutique, baptisée « Le Presbytère » proposait une gamme très large de
produits allant du savon, aux sabots, en passant par le beurre, le
fromage ou les petits pois, sans oublier le cirage et même les
cartouches en périodes de chasse. Une véritable caverne d’Ali Baba. Le
bouche à oreille (buzz) fonctionnait bien et on venait maintenant
d’assez loin pour admirer le magasin qui tenait d’ailleurs plus du musée
que de l’épicerie. Personne ne savait trop où il se fournissait
certains de ses produits dont les marques très anciennes avaient disparu
depuis longtemps : chicorée Arlatte, pâtes alimentaires Brusson Jeune,
biscuits Gazon ou encore le chocolat Lombard. Ni d’où venait d’ailleurs
la jolie vendeuse toujours très souriante, habillée d’époque, qui
l’épaulait dans sa tâche.