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Michel ZORDAN

 

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Lucien Lubrano

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le_choix_dun_ange.jpgNouveau : Le Choix d'un ange - Lucien Lubrano - diteur : Mon Petit Editeur( Publibook ) - ISBN n 978-2-7483-8983-8

Extrait N 1- Madame Camazzo habite une vieille maison au bord du boulevard. Du lierre recouvre entirement la palissade de sa clture ainsi que les deux piliers de pierre qui encadrent son portillon. La bote aux lettres, encastre en plein milieu du portail, tient par miracle. Elle oscille au gr du vent en quilibre sur une cornire boulonne ses deux extrmits. Sur le haut du pilier est visse une clochette monte sur un ressort, Lucien la pousse violemment plusieurs fois. Personne ne rpondant, il dcide de partir quand il entend une porte qui grince au bout de lalle, le moins que lon puisse dire cest que son frottement sur le sol ne peut pas la faire passer inaperu. La dame nest pas encore dehors mais dj elle donne des signes de vie.
- Jarrive, jarrive !
Elle trane ses pieds sur deux ou trois mtres avant de simmobiliser, dvisage larrivant en basculant sa tte tantt droite, tantt gauche. Son sourire sest mut en bbe ds quelle sest aperue que celui qui la drangeait lui tait aussi connu quun pingouin Tombouctou.
- Jai besoin de rien
- Je ne vends rien, Madame Camazzo
- Jai pas le temps. Je suis fatigue, je rentre
Elle entame son demi-tour, quand Lucien prononce le mot fatidique, le terme miraculeux, le ssame ouvre-toi . Il force sa voix pour que ses paroles ne senvolent pas avec le mistral.
- Je suis un ami de votre fils, Denis.
Bien quelle doit tre un peu dure doreille, le prnom de son fils passe mieux, il doit avoir une sonorit spciale. Du coup elle nest plus fatigue du tout. Sa bbe se retransforme en sourire. Son pas sacclre jusquau portail.
- Cest pour a que je ne vous avais pas remis Je vous connais pas.
- Eh, pardi !
- Comment il va mon pitchoun ?
Ah, ce mot ! Pitchoun , lespace de quelques secondes des tas de souvenirs reviennent la mmoire de Lucien. Il revoit le beau visage de sa mre se penchant sur son lit pour lendormir bonne nuit pitchoun ! Et fais de beaux rves . Mais il revient rapidement au prsent, heureusement, parce que les larmes commenaient dj pointer.
- A part quil ne puisse pas sortir pour le moment, il va plutt bien il est en forme
- Il est en rogne ya de quoi.
- Non ! Il est en forme.
Elle sarrte un mtre de Lucien et relve sa tte pour mieux le dvisager. Lucien se demande comment une si petite dame a pu engendrer une bestiasse de la taille de Denis Impressionnant !
- Ah ! Cest bien lui a, v ! Mme av la colre il a toujours la forme mon pitchoun. Viens sur la terrasse, je vais te faire sortir un cawa.
Devant la surdit de la mre de Denis, Lucien prfre abandonner, il a des sujets plus importants aborder.
- Comment tu tappelles jeune homme ?
- Le jeune homme sappelle Lucien, mais mme le prnom nest plus trs jeune Lucien Lubrano !
- Nubrano Cest dorigine italienne a?
- Oui, mais cest Lubrano, avec un L comme Louis.
- Ah! Louis a par-contre cest bien franais comme prnom.
- Je mappelle pas Louis, Madame Camazzo, je
- Jai bien compris ! interrompt Madame Camazzo en colre. Tu tappelles Nubrano Nubrano Louis, jentends pas toujours trs bien avec ce vent de fada Mais quand mme
Lucien abandonne une fois de plus.
- Cest sympa chez vous.
- Un peu vieux, comme la propritaire Mais, boudiou, je partirai avant ma baraque, va.
- Ne dites pas a, vous avez encore plein de belles annes devant vous.
- Oh moi ! Pourvu quil men reste assez pour revoir mon Denis dehors, cest tout ce que je demande la bonne mre Bon je vais te chercher le cawa.
Madame Camazzo revient au bout de quelques minutes, un plateau entre les deux mains. Sur le plateau, les deux belles tasses fumantes en porcelaine avec leurs sous tasses et le sucrier assorti, dgagent un parfum de caf qui embaume toute la terrasse. Lucien ne sait pas ce quil doit lui demander. Est-elle au courant dun indice important ou sait-elle quelque chose propos de lincarcration de son fils ? Il porte la tasse ses lvres en rflchissant au moyen daborder le sujet en tant sr de ne pas commettre dimpair.
- Vous y croyez, vous, la culpabilit de votre fils ?
- Il ne ferait pas de mal un moucheron
- Une mouche
- Qu mouche ?
- Non ! Cest lexpression
- Lexpression de qui ?
- Heu, rien ! Continuez, cest rien .
- Comment tu veux que je continue? Avec ta mouche tu me rends chvre, v ! Je sais ma plus o jen suis, tu mas fait perdre la ficelle
- Le f , vous parliez de Denis.
- Ah vouis ! Je sais quil fait des btises des fois mais cest un brave pitchoun mon niston, tu peux me croire.
- Je vous crois.
- Et puis tu sais, il avait que deux ans quand son pre nous a quitts, peuchre ! Et moi je faisais des mnages tout le temps Coder, alors il restait tout seul, toute la journe et a, cest pas bon pour un minot de rester tout seul comme a Il se trouve pas que des bonnes compagnies.
- Cest sr ! Et quand vous allez le voir, il vous dit quoi ?
- Boudie toujours pareil ! Il me demande si jai pas mal la tte. Cest pas bien bon pour lui la prison.
- Cest bon pour dgun.
- Je le connais pas Bgonmais de toute faon cest bon pour dgun. Mais en plus mon beau, Denis lui, il a lobtention de la migraine.
- Lobsession vous voulez dire lobsession !
- Hou, qu teste da ! Mais a va pas toi aujourdhui Je dis bien, cest lobtention Lobtention de la migraine cest quelquun qui veut absolument quon ait mal la tte, cest comaco. Cest pas pareil que lobsession de la migraine o l on a tellement mal la tte que a nous obsde Je le sais, je lai lu dans le petit Larousse Tu le lis toi des fois le petit Larousse ?
- Non jai le petit Robert
- Qui cest celui l encore ? y sont frres ? y sont petits de famille ?
- Non, cest un concurrent.
- Un concurrent ? Un dictionnaire concurrent a existe ? Ils les ont peut-tre crit ensemble et on le sait pas ! Et peut-tre mme quils se sont tous les deux copis et comme ils sont tous les deux petits
- Enfin bref ! Mais peu importe part a de quoi vous parliez ?
- H b ! Chaque fois il me demande si par hasard il est pass des inconnus la maison Et tu sais quoi ?
- Non !
- H b ! Chaque fois je lui dis quil ny a eu personne Et tu sais quoi ?
- Non !
- H b ! Chaque fois il me le redemande Et tu sais quoi ?
- Non !
- Ben rien, cest tout ! Mais la prochaine fois je pourrais lui dire que tu es venu mais comme tu es le premier il ny en aura plus.
- Pourquoi a ?
- Tu sais ce quon dit le premier sera le dernier Donc aprs toi, terminars !
- Ouais ! a peut se dfendre comme dduction.
- Pardi ! a, je lai lu dans la bible Cest encore plus grave.
- Je vais y aller, Madame Camazzo. Si vous avez du nouveau, vous pouvez mappeler Tenez, je vous cris mon numro sur un papier.
- Quest-ce que tu veux quil y ait de nouveau ici, mon beau. A part le facteur qui passe quand il lui tombe un il et le chat de la voisine qui vient resquiller des rataillons, il ne se passe jamais rien.
- On sait jamais Quoiquil arrive et mme si vous avez un problme appelez-moi, ou si je rponds pas laissez-moi un message sur le rpondeur
- Surtout pas !
- Pourquoi a Madame Camazzo ?
- Boudiou Jaime pas parler au gens qui me rpondent pas
- Mais a peut pas rpondre.
- H b, tant pis pour lui! Au cuou mempgue ! Moi je raccroche.
- Cest pas grave ! Je vous rappellerai moi.
Lucien se lve puis pose sa tasse sur la petite table ronde.
- Il tait excellent votre caf Je vous fais la bise maintenant quon se connat.
- Pardi ! Et bientt Louis.
- Lu bientt, souffle Lucien un peu dcourag.


unelueurdanslesyeux.jpgUne Lueur dans les yeux de Lucien Lubrano>>>

Science fiction -

1er extrait - Contexte : Nicolas annonce la future catastrophe Lucien

L il dtourne le regard, ses yeux sont dans le vide, son esprit
perdu dans ses penses. Il ne bouge plus, il ne parle plus. Je le
connais bien le Nicolas, et l il est fig dans une angoisse morbide
Mais quest-ce qui se passe encore ?
Nicolas : De la colline du mont dor on peut voir presque
toute la valle, presque tout jusqu Cadarache, tout ce qui va
disparatre Au-del mme de Manosque. Tout va tre extermin,
ananti, la terre brle plus dun mtre de profondeur.
Il ne restera plus que de la matire carbonise De la matire
carbonise perte de vue. On ne retrouvera mme pas les os de
ces pauvres malheureux pour leur offrir une spulture. Le plus
terrible cest quil ny aura pas un cri, pas mme un gmissement.
Tout svanouira dans un silence de mort en quelques
secondes comme si dieu avait honte de ce quont fait les
hommes.
Je mapproche de Nicolas et le tire violemment par lpaule.
Lucien : Quest-ce que tu racontes ? Cest pas possible, explique-
toi, bordel.
Nicolas a ses yeux noys de larmes Cest sr il ne plaisante
pas.
Nicolas : Aprs votre guerre mondiale, des gnrations
ont t attristes par les images des consquences de la bombe
atomique Des hommes calcins Une petite fille qui errait
nuits. L, il ny avait pas de gris Non, il ny avait que du
noir Du noir perte de vue. Et ce silence
Nicolas sarrte de parler, il ne peut plus. Il essuie ses yeux
avec ses mains. Je lui donne un mouchoir en papier. Il lui faut
plusieurs minutes pour se remettre. Je ne dis rien, je suis compltement
effondr. Nicolas se mouche puis reprend son rcit.
Nicolas : Des images ont t prises par avion parce quil
tait impossible de marcher sur le sol tant la chaleur tait intense.
Il ne restait plus rien part quelque tas de matire par-ci
par-l qui taient des immeubles qui avaient fondu et l, Lucien,
jai compris ce qutait quun silence de mort. Nous avions aussi
les bandes-son de lpoque mais les commentaires taient rares
tant la vue de cette dsolation tait insoutenable. Nous
nentendions que de courtes phrases de temps en temps, du
genre, De la terre brle sur des centaines de kilomtres, cest
tout ce quil reste de cette Provence magnifique Pourquoi
autant dinnocents sont morts, naurions-nous pas pu viter ce
drame ? . Mme les avions ne pouvaient pas saventurer trop
longtemps au-dessus de ces terres tant la temprature et la
pollution taient importantes. Jai pu voir des images satellites
de la France aprs ce cataclysme, la Provence ntait plus quune
grosse tache noire comme si de lencre tait tombe sur le
papier. Cette tragdie sest droule des sicles avant ma naissance
mais dans mes nuits jentends toujours les rires des enfants,
le chant des oiseaux, le bruit de la vie avant la catastrophe
et dun coup le silence Le silence et le noir Un noir profond
et angoissant qui me rveille en sursaut. a a t un tel
bouleversement que latmosphre terrestre sest compltement
dgrade.


2me extrait - Contexte : Lucien essaie de faire dmnager sa mre pour la mettre labri

Pourquoi tu veux que je mexpatrie ? Je ne suis
pas bien ici ? Jai toujours vcu ici avec ton pre, ce nest pas
aujourdhui que je vais en changer. Jai quelque fois limpression
quil se promne dans la cuisine, dans la chambre, de partout.
Quand je fais de la tomate au pistou je lentends dire comme sil
tait l Oh bonne mre chrie ! Ton pistou il sent jusque dans
la salle manger et je suis sr que a descend jusqu Aubagne.
Je te prviens si je vois remonter les Aubagnais jusquici je
ferme la porte clef . Le soir dans le lit, je me mets bien ma
place du ct de la fentre, v, tu peux me croire, je lentends
respirer tout ct de moi, et a maide mendormir. Parfois,
quand il ny a personne bien sr, sinon on me prendrait pour
une folle, je lui parle La vigne, tu penses la tailler
quand ? V chrie ! Si je ne la taille pas aujourdhui, eh b
le raisin il poussera quand mme, et le seigneur il na pas mis
des vignes en Provence pour quon sescagasse mais pour quon
boive du bon vin. Tony, tu penseras ramasser les olives ?
Oh bonne mre ! Jallais le faire mais, v, quand jai vu quil y
en avait plein chez lpicier, eh b je me suis vite repris. Non
Lucien, jai pass tant dannes prs de lui que ctait la moiti
de ma vie, lautre moiti cest toi. Maintenant je vis au ralenti
Ah ! Sil tait l ce ne serait pas pareil, sas a risque pas,
parce quil fallait bouger avec lui, tu sais ? Et puis, si ctait moi
qui tais partie la premire il naurait jamais quitt la maison,
jaurais survcu un moment comme une ombre prs de lui, le
temps quil me rejoigne. Et tu viens me dire quil faut que je
parte, demande-moi plutt de me jeter au canal, ce sera plus
facile.
Aprs de tels arguments, javoue ne plus savoir quoi lui dire.
Son plus grand malheur serait de quitter cette maison o elle a
connu tant de bonheur. Toutes ses joies passes sont l, elle ne
veut pas les oublier. Ce serait pour elle comme une trahison de
laisser venir dautres gens ici, alors que papa est l qui lattend.


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